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La citoyenneté numérique, parlons-en !

La citoyenneté numérique, parlons-en !

La protection de notre démocratie repose sur la participation éthique et responsable des différents acteurs et parties prenantes aux débats citoyens. Autant, la possibilité des individus à s’exprimer est actuellement rendue très facile, accessible avec la possibilité d’atteindre rapidement une très large audience sur les média technologiques, autant les risques liées à l’utilisation de ces technologies nouvelles pourraient entraîner plus de dommages que de bénéfices pour cette démocratie. En effet, peu des gens de la génération « active » sur la plan social et politique aujourd’hui ont bénéficié d’une éducation numérique ou d’une éducation à la citoyenneté numérique alors qu’ils sont les acteurs principaux du monde actuel, tant sur leurs actions citoyennes que sur l’accompagnement de la jeune génération.

Plusieurs initiatives sont lancées ces dernières années pour informer, sensibiliser et former les citoyens pour une participation active dans la société à travers les possibilités offertes par le réseau Internet mais de manière responsable, sure, efficace et critique. En d’autres termes, ces actions visent à offrir aux citoyens les moyens :

  • d’avoir accès à des sources d’information diversifiées et fiables et qui permettent de se forger des opinions,
  • d’échanger avec les gouvernants (des réalités, conseils, doléances, inquiétudes, etc.),
  • de participer aux discours public quand leurs interventions apporteraient des bénéfices au plus grand nombre.

S’il suffisait de savoir utiliser les outils pour exercer ses devoirs citoyens, pourquoi des actions supplémentaires et d’envergure à l’endroit de ces acteurs ?

Une des réponses, sinon la première, est la prise en conscience indispensable que les possibilités des réseaux et l’architecture distribuée même d’Internet facilitent la désinformation et les manipulations de masse. Ceux qui en sont conscients évitent tout simplement les engagements citoyens par peur de devenir eux-mêmes désinformés ou manipulés sinon les instruments de ces malversations. L’objectif n’est sûrement pas de contraindre ces acteurs à éviter l’utilisation de ces technologies. Des actions devraient donc être entreprises au niveau de la communauté pour aider les citoyens :

  • d’une part à s’engager activement dans des débats publics et des discussions en ligne ;
  • d’autre part à avoir une pensée critique face à l’afflux de l’information en ligne ; à comprendre la façon dont fonctionnent les algorithmes et à déceler les situations où ceux-ci peuvent influer sur l’expérience des internautes ; à reconnaître les méthodes employées par les acteurs malveillants et à déceler les situations où ceux-ci exploitent les plateformes en ligne ; à acquérir des compétences pour éviter d’être ciblés et manipulés par des plateformes numériques[1].

Le citoyen numérique est celui qui exerce ses devoirs civiques et s’engage à devenir les promoteurs actifs de sociétés plus pacifiques, tolérantes, inclusives, sûres et durables essentiellement par le biais du numérique.

Soulignons toutefois qu’il n’y a pas deux sortes de citoyens, le citoyen numérique et le citoyen ordinaire. Le citoyen reste le même, c’est la manière d’exercer ses activités civiques, de plus en plus par le biais du numérique, qui nécessite une conscientisation. Pour une vision plus large, nous pouvons nous référer à la définition par l’UNESCO (2015) de la citoyenneté mondiale qui fait référence à un sentiment d’appartenance à une grande communauté et à une humanité commune. Elle met l’accent sur l’interdépendance politique, économique, sociale et culturelle et sur l’interconnexion entre le local, national et le mondial.

L’acteur en ligne ne devrait pas oublier, quelque soit ses motivations, qu’il est un citoyen local national et mondial, est a le devoir :

  • de se comporter de manière éthique, responsable et sûre (pour sa propre protection et la pour la protection des autres),
  • d’éviter toute action pouvant mener à la violation des droits de l’homme. Ainsi si nous prenons l’exemple que pour une société pacifique il faut éviter de créer ou de propager tout « discours dangereux » :
    • alimentant la haine, l’inégalité, la xénophobie et d’autres formes d’intolérance et de discrimination,
    • pouvant mener à la désinformation de ses lecteurs,
    • risquant de nuire à l’intégrité physique ou mentale d’autrui.

Dans l’écosystème numérique à Madagascar où Internet se résume de plus en plus aux réseaux sociaux, ou même plus précisément à l’utilisation de Facebook, ces discours dangereux ont largement proliféré ces derniers mois, alimentés par les polémiques (générés par la peur ?) en contexte de crise sanitaire. Il est plus qu’urgent de parler de cette citoyenneté numérique ou de la citoyenneté à l’ère du numérique.

Dans ce cas, comment accompagner la jeunesse de plus en plus présente sur le réseau sans forcément avoir cette capacité de discernement ? Avec l’éducation et la formation, d’abord par les parents qui eux-même doivent être sensibilisés sur ces différentes facettes mais également par l’école avec l’introduction petit à petit de la dimension numérique dans les enseignements de l’éducation civique.

Concernant l’éducation, Mike Ribble a identifié neuf dimensions de la citoyenneté numérique[2] que nous ne détaillerons pas dans cet article, nous pouvons par contre citer quelques thématiques à aborder par tout un chacun et surtout à l’endroit des plus jeunes :

  • l’esprit critique (accompagné par la vérification des sources, l’identification des intentions de l’auteur, etc.)
  • l’aptitude numérique
    • la recette des algorithmes,
    • l’identité numérique,
    • la présence numérique
  • la gestion des émotions
  • l’affirmation de soi et l’influence des autres via les médias sociaux,

Nous pouvons également citer une approche canadienne innovante sur l’éducation à la citoyenneté à l’ère du numérique décrit par Benoît Petit dans cette vidéo

Avec ISOC, chapitre Madagascar, nous organiserons prochainement des webinaires (présentation – débat) sur ces différentes thématiques pour sensibiliser, informer et à accompagner les parents et les jeunes adultes, d’abord pour leur « comportement en ligne » et ensuite pour bien accompagner leurs enfants face aux opportunités et menaces des technologies Internet.

Actions à suivre … en attendant, restez connectés …

Par Niry Andriambelo,

ISOC Global Volunteer Training Program 2020


[1]     Patrimoine canadien (https://www.newswire.ca/fr/news/patrimoine-canadien) du 2 juillet 2019

[2]     https://www.digitalcitizenship.net/nine-elements.html